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Les 7 principes neuroéducatifs (selon Steve Masson)

  • 30 mars
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 31 mars


 


Les principes neuroéducatifs
Les principes neuroéducatifs

Les neurosciences, souvent utilisées en Orthopédagogie, ouvrent des pistes pour apprendre plus efficacement. Steve Masson, Professeur à l’Université du Québec, à Montréal, où il dirige le laboratoire de recherche en neuroéductation, a publié « Activer ses neurones : pour mieux apprendre et enseigner - Les 7 principes neuroéducatifs ». Il montre que la compréhension des mécanismes cérébraux offre des applications pratiques et des pistes pour mieux apprendre à apprendre.


                  1. Activer les neurones liés à l’apprentissage visé : Pour apprendre, le cerveau doit être actif. Lire passivement ou écouter ne suffit pas. L'apprenant doit manipuler l'information, s'exercer et être engagé pour que les bons circuits s'allument.

o    Pour les parents : L’apprentissage passif (lire et relire un texte) ne fonctionne pas. Le cerveau doit être actif et engagé pour créer des connexions. Ce principe combat une idée reçue : lire et relire une leçon n'est pas une bonne méthode d'apprentissage. C'est ce qu'on appelle une approche passive. Le cerveau est très paresseux : si on lui donne l'information toute cuite, il ne fait aucun effort pour modifier ses connexions physiques. Pour que la plasticité cérébrale opère (pour que les neurones se connectent), l'enfant doit être en mode actif et engagé.

En pratique à la maison : Quand votre enfant doit apprendre une leçon :

1 -   Évitez la lecture passive : Ne lui demandez pas de relire son cahier 5 fois.

2 -   Privilégiez l'action : Demandez lui de fermer le cahier et de vous raconter ce qu'il a retenu, de faire un dessin qui résume la leçon, ou inventez un petit quiz.

3 -   Coupez les distractions : Si la télévision est allumée ou que le téléphone vibre à côté, le cerveau va activer les neurones de la distraction plutôt que ceux de la leçon. Le ciblage ne sera pas le bon ! »



                  2. Activer les neurones à plusieurs reprises : Une seule fois ne suffit pas à créer une route solide dans le cerveau. La répétition est la clé pour renforcer les connexions synaptiques et éviter l'oubli.

o    Pour les parents : Quand votre enfant comprend une notion en séance ou en classe, ses neurones se connectent. C'est une super première étape ! Mais cette connexion est chimique et très fragile. Si on ne l'active plus, le cerveau fait le ménage (l'élagage synaptique) et détruit cette connexion pour économiser de l'énergie. Pour que cette connexion devienne physique et solide (grâce à une gaine qu'on appelle la myéline), le cerveau a besoin de voir l'information plusieurs fois, à des moments différents.

En pratique à la maison : Il vaut mieux faire réviser une poésie 3 minutes le lundi, 3 minutes le mardi et 3 minutes le mercredi, plutôt que d'y passer 30 minutes uniquement le dimanche soir. La répétition espacée est le meilleur moyen d'ancrer les savoirs dans la mémoire à long terme et d'éviter la frustration du "pourtant il le savait hier !". »



                  3. Entraîner la récupération en mémoire : C'est l'un des principes les plus puissants. Au lieu de relire une leçon (apprentissage passif), le cerveau apprend beaucoup mieux quand on le force à aller chercher l'information dans sa mémoire (par des quiz, des flashcards ou des questions).

o    Pour les parents : On a souvent l'impression que le moment où l'on apprend, c'est quand on lit le cours. Les neurosciences prouvent l'inverse : c'est l'effort d'aller chercher une information stockée dans la mémoire qui la consolide. Il vaut mieux tester l'enfant avec des questions plutôt que de lui redonner la réponse. Quand un enfant relit sa leçon, il ressent un sentiment de familiarité (il se dit "je le sais"). C'est une illusion de compétence ! S'il n'essaie pas de s'auto interroger sans filet, il ne saura pas s'il est capable de retrouver l'information le jour J.

En pratique à la maison :

1- Ne pas faire de relecture simple : Lire 10 fois une leçon ne sert presque à rien.

2- Privilégiez le questionnement : Dès que l'enfant a lu sa leçon une fois, fermez le cahier. Posez lui des questions.

3- Laissez du temps : Quand vous lui posez une question et qu'il bloque, ne donnez pas la réponse tout de suite. Laissez lui au moins 5 à 10 secondes pour "fouiller" dans sa mémoire. Cet effort d'évocation, même s'il est difficile, est précisément ce qui fait grandir son cerveau.



                  4. Élaborer des explications : Demander à un enfant d'expliquer une règle avec ses propres mots ou de faire des liens avec ce qu'il sait déjà l'aide à consolider l'information. C'est l'auto explication.

o    Pour les parents : Ce principe s'oppose au "par cœur" bête et méchant. Le cerveau n'est pas un magnétophone ; il a besoin de donner du sens à ce qu'il apprend pour créer des connexions profondes (on appelle ça l'encodage sémantique). Il faut faire des liens entre les nouvelles connaissances et celles déjà acquises. L'auto explication aide le cerveau à mieux structurer l'information. Quand un enfant récite une leçon mot à mot comme un robot, il utilise sa mémoire à court terme. S'il ne comprend pas le fond, l'information va s'évaporer. Demander à l'enfant d'expliquer le concept l'oblige à réorganiser l'information dans sa tête, à l'analyser et à l'associer à ses connaissances antérieures.

En pratique à la maison :

1 - Jouez à l'élève naïf : Dites à votre enfant : "Je ne me rappelle plus du tout comment on fait pour trouver le sujet dans une phrase, tu peux m'expliquer comme si j'avais 5 ans ?"

2 - Cherchez des liens : Demandez-lui : "À quoi ça te fait penser ?" ou "Est-ce qu'on n'a pas déjà vu un mot qui ressemble à celui-là hier ?"

3 - Utilisez des images : S'il doit apprendre une leçon d'histoire ou de sciences, demandez-lui de vous la raconter comme une histoire ou de faire un petit schéma. S'il peut le dessiner ou l'imager, c'est qu'il l'a compris ! »



                  5. Espacer l’activation des neurones : Mieux vaut étudier 15 minutes par jour pendant 4 jours plutôt qu'une heure entière le même jour ! Espacer les séances laisse au cerveau le temps de consolider les connaissances (notamment pendant le sommeil).

o    Pour les parents : Le cerveau sature vite. Le phénomène d'habituation fait qu'étudier un bloc d'une heure est moins efficace que 4 séances de 15 minutes réparties dans la semaine. Le sommeil joue ici un rôle crucial de "colle" pour les souvenirs. Ce principe s'attaque au "bourrage de crâne" de dernière minute (le cramming en anglais). Quand un enfant travaille une notion en continu pendant une heure, le cerveau s'habitue très vite. Au bout de 20 minutes, l'attention chute et les neurones ne s'activent plus du tout de la même manière. C'est une perte de temps et d'énergie ! Les neurosciences montrent que pour créer des connexions neuronales durables, le cerveau a besoin de périodes d'oubli partiel. Quand on laisse passer un jour ou deux et qu'on redemande à l'enfant de retrouver l'information, l'effort qu'il fournit à ce moment-là est précisément ce qui renforce la mémoire à long terme. De plus, c'est pendant le sommeil que le cerveau trie, nettoie et consolide ce qui a été appris dans la journée. Sans espacement et sans sommeil, pas de mémorisation efficace !

En pratique à la maison : 

1 - . La règle des petits pas : Mieux vaut 4 séances de 10 minutes réparties dans la semaine qu'une grosse séance de 40 minutes le week-end.

2 - Anticipez : Dès que la maîtresse ou le maître donne une poésie ou une leçon d'histoire, commencez le jour même, juste 2 ou 3 minutes, puis oubliez-la jusqu'au lendemain.



                  6. Maximiser la rétroaction (le feedback) : Le cerveau apprend par "essai-erreur". Pour s'ajuster, il a besoin d'un retour rapide et précis. Savoir tout de suite si l'on a juste ou faux permet d'ancrer les bonnes connexions et de ne pas mémoriser ses propres erreurs.

o    Pour les parents : Le cerveau apprend en prédisant et en corrigeant ses erreurs grâce à la dopamine. Plus le retour (positif ou correctif) est immédiat et centré sur la tâche, plus l'apprentissage est efficace. Ce principe redéfinit totalement le statut de l'erreur. En neurosciences, l'erreur n'est pas un manque d'intelligence, c'est le moteur même de l'apprentissage. Le cerveau apprend grâce à un signal de surprise (la dopamine s'active quand le résultat n'est pas celui attendu), ce qui pousse les neurones à modifier leurs connexions. Cependant, pour que cela fonctionne, le retour doit être immédiat (ou très rapide) et informatif. Si un enfant fait ses devoirs le lundi, qu'il se trompe, et que le maître ne corrige que le vendredi, le cerveau a eu 4 jours pour mémoriser la mauvaise réponse ! Le signal arrive trop tard.

En pratique à la maison : 

1 - Corrigez au fil de l'eau : Ne laissez pas votre enfant faire toute une page d'exercices tout seul s'il n'est pas sûr de lui. Regardez dès la première question. S'il s'est trompé, corrigez tout de suite pour qu'il ne répète pas l'erreur sur les 10 questions suivantes.

2 - Expliquez le "pourquoi" : Dire "C'est faux" ne suffit pas (c'est le bandeau sur les yeux !). Dites plutôt : "Regarde, là tu as mis un -s parce que tu as cru que c'était un nom, mais c'est un verbe. Comment s'accorde le verbe avec 'ils' ?". C'est ce retour constructif qui permet au cerveau de s'ajuster.

3 - Utilisez l'autocorrection : Donnez-lui le corrigé ! Laissez-le comparer ses réponses avec les bonnes réponses au bout de 2 ou 3 questions. L'effort de comparaison est excellent pour l'analyse cérébrale. »



                  7. Cultiver un état d’esprit dynamique (Growth Mindset) : C'est le fait de croire que son intelligence et ses compétences ne sont pas figées. Savoir que le cerveau est plastique et qu'il peut s'améliorer grâce à l'effort change complètement la motivation de l'enfant face à la difficulté.

o    Pour les parents : C'est le concept de "Growth Mindset" de Carol Dweck, cher à Steve Masson. L'intelligence n'est pas fixée à la naissance. Croire en la plasticité de son cerveau change la manière de réagir face à l’échec. Ce principe combat la croyance limitante selon laquelle l'intelligence est un don inné fixé à la naissance. Les neurosciences prouvent le contraire : l'intelligence se développe tout au long de la vie grâce aux connexions synaptiques qui se font et se défont. Un enfant qui a un état d'esprit fixe va fuir la difficulté par peur d'échouer et de paraître "bête". Un enfant qui a un état d'esprit dynamique voit la difficulté comme une opportunité de muscler son cerveau. La manière dont nous, adultes, félicitons les enfants a un impact direct sur leur état d'esprit.

En pratique à la maison :

1 - Félicitez l'effort, pas l'intelligence : Au lieu de dire "Tu es super intelligent !" ou "Tu es un chef en dessin !", dites plutôt : "Bravo, je vois que tu as beaucoup travaillé pour réussir ce problème" ou "Tu as essayé plusieurs stratégies pour y arriver, c'est super !". On valorise le chemin, pas le résultat.

2 - Ajoutez le mot "Encore" : Quand votre enfant dit "Je n'y arrive pas", complétez toujours sa phrase par "Tu n'y arrives pas encore. Mais ton cerveau est en train d'apprendre". Ce tout petit mot change tout dans sa tête.

3 - Montrez l'exemple : Quand vous bloquez vous-même sur quelque chose (une recette de cuisine, un meuble à monter), dites tout haut : "Ah, c'est difficile, je me trompe... C'est parfait, mon cerveau est en train de travailler !". »


 

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